A l'endroit où les mots et le lieu se rejoignent, on trouve le sacré.
Celui qui n'a qu'une tradition orale pense la langue en ces termes: "Mes
mots n'existent que par ma voix. Si je parle à la légère, je galvaude
mes mots." Deux phrases qui, à elles seules, pourraient illustrer la
substance de ce recueil écrit sur une période de trente années. Les
essais, souvenirs autobiographiques, notes de voyages et récits
allégoriques qui composent le livre retracent la quête spirituelle et
artistique de l'auteur pour parvenir à une définition encore inédite de
la littérature. On comprend, en lisant ces pages, que Momaday soit
devenu la première grande voix amérindienne de ce siècle. Fidèle à la
tradition orale dans laquelle les mots ont une valeur sacrée, il choisit
les siens avec soin et nous entraîne aux sources même de l'imaginaire
et de la création. Fil conducteur du livre, l'analyse qu'il fait du
rapport au langage dans les cultures de tradition écrite et orale, outre
que celle-ci pose les fondements de la littérature amérindienne,
éclaire des siècles d'histoire américaine, de malentendus entre Indiens
et Blancs, de politiques indiennes bien intentionnées mais myopes se
soldant aujourd'hui encore par des échecs retentissants aux irréparables
dégâts émotionnels. Oeuvre de sagesse, sans trace de colère ni de
rancœur, L'Homme fait de mots constitue l'introduction par excellence à
toute étude de la question indienne dont elle synthétise l'essence.
Éd. du Rocher, 1998 - 256 pages