ESPRIT SHAMAN
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Les images se multiplient, fugaces et vives,
Insaisissables demeures des richesses éternelles
D'un esprit qui contemple loin du temps
Tous les mondes possibles
L'Esprit Shaman
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Le chamanisme, il faut le créer, l'inventer. Il n'existe pas en tant que formule, en tant que temple, en tant que système. C'est une réanimation permanente du vivant.
Luis Ansa, le Secret de l'Aigle

.L'homme succombera, tué par l'excès de ce qu'il appelle la civilisation. J. H. Fabre



LES CINQ ELEMENTS DANS LE CHAMANISME BON TIBETAIN

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    [...Tapihridza...]


QUELQUES EXTRAITS présentant  les cinq éléments dans le Chamanisme tibétain le Tantra et le Dzogchèn de l’ouvrage de Tenzin Wangyal Rinpoché :
« GUÉRIR PAR LES FORMES L’ÉNERGIE ET LA LUMIÈRE » où de nombreuses pratiques sont détaillées pour se connecter aux éléments, travailler avec eux et aux organes associés, à l’aides des déesses, des mantras et autres pratiques présentées de façon très précise et très pédagogique par l’auteur, facilitant notamment le processus d'intégration.

Voici quelques morceaux choisis de présentation 
du chamanisme tibétain de la tradition Bön :

« Nombreux sont les Occidentaux qui parlent de chamanisme tibétain, mais, comme je l'ai déjà mentionné, il n'existe pas d'ex­pression de ce genre en tibétain. La tradition bœun parle plutôt de "véhicules de la cause", représentant les quatre premiers niveaux des enseignements bœuns dans la tradition du Trésor du Sud. Ces quatre collections d'enseignements et de pratiques sont appelées : Shashèn (la Voie du Shèn des Prédictions), Nangshèn (la Voie du Shèn du Monde Visible), Trulshèn (la Voie du Shèn de l'Illusion Magique), et Sishèn (la Voie du Shèn de l'Existence). »

« La préoccupation première des véhicules chamaniques n'est pas l'éveil, mais plutôt la dissolution des obstacles inhérents à la vie, l'amélioration des aspects positifs et la diminution de la souffrance que nous expérimentons comme résultat de l'inter­action avec des forces extérieures. On les appelle "véhicules de la cause" parce qu'ils créent les causes et les bases qui permet­tront de prendre part aux "véhicules du résultat", Tantra et Dzogchèn. »

« Dans les pays occidentaux, il semble quelquefois qu'il y ait une division entre les disciples qui s'intéressent au chamanisme et ceux qui s'intéressent à la Grande Perfection et autres ensei­gnements non-duels. Il peut y avoir un grand nombre de raisons à ce fait. Certaines personnes sont sensibles à des entités et à des forces immatérielles, aussi ressentent-elles naturellement une affinité pour les enseignements qui abordent des expériences déjà familières. D'un autre côté, certains Occidentaux éduqués dans le matérialisme de la culture occidentale séculaire, présument que ces enseignements ne sont que superstition, quelque chose par où il faut passer afin d'atteindre les enseignements supérieurs qui les intéressent. »

« Cependant, les pratiques chamaniques peuvent aider les prati­quants tantriques et dzogchèn à supprimer ou à guérir les causes de nombreuses souffrances, comme à écarter ou surmonter les obstacles à la pratique spirituelle.
Ainsi les pratiques chamaniques sont-elles incorporées à d'autres niveaux d'enseignements. »

« Au niveau des enseignements que j'appelle chamaniques, les forces qui nous affectent sont censées être à l'extérieur de nous plutôt que dans notre corps ou notre esprit. Selon le chamanisme, les forces de la nature sont vivantes ; les esprits demeurent dans les rivières, les arbres, les rochers, les montagnes, les cascades, les feux, les planètes, le ciel, les vallées, les grottes, etc. Ces esprits sont reliés aux cinq éléments extérieurs, à la manière dont notre vécu intérieur est relié à notre corps. Quelle que soit notre philosophie, nous faisons généralement l'expérience de nous-mêmes comme résidant "dans" notre corps. De la même façon, lacs, arbres et rochers sont les corps dans lesquels résident les esprits. Dans le chamanisme, ces entités ne sont pas considérées comme des projections mentales ou une réalité que nous pour­rions mettre en doute. Elles sont autonomes et se dirigent seules.
Ces êtres immatériels avec lesquels nous avons des contacts peuvent être neutres, nous faire obstacles ou nous soutenir. »

« On définit les éléments comme des énergies sacrées et fonda­mentales de l'existence, rencontrées dans la dimension énergé­tique de l'individu. Plutôt que d'y accéder par les éléments natu­rels bruts ou bien par les liens établis avec des êtres immatériels, comme dans la tradition chamanique, on y accède directement, dans le corps même du pratiquant, par les canaux, les énergies praniques, les gouttes essentielles et les syllabes-germes du corps énergétique. Dans le Tantra, ces pratiques conduisent finalement à la réalisation du corps de la divinité, ce qui n'est pas le but du chamanisme. »

« Le point de vue chamanique n'est cependant pas exclu du Tantra. Le Tantra Mère, par exemple, dit que, si telle personne semble être constamment la proie d'une forte émotion, celle-ci est probablement possédée par des forces démoniaques. Par contre, si elle expérimente des émotions négatives par intermit­tence, c'est certainement la conséquence d'un déséquilibre éner­gétique. Quand la personne n'est affectée par aucune émotion négative, les différentes énergies élémentaires sont donc équili­brées. Dans les traditions tibétaines, les pratiques chamaniques et tantriques ainsi que les enseignements sont aisément intégrés les uns aux autres.
Le Tantra est la voie de la transformation. Les cinq émotions négatives, en corrélation avec les cinq éléments, sont transfor­mées en cinq qualités : la colère en amour, la cupidité en généro­sité, la jalousie en ouverture, l'orgueil en paix et l'ignorance. »

LA RELATION AU SACRÉ
« Dans le chamanisme, le Tantra et le Dzogchèn, les éléments sont considérés comme sacrés, comme les forces sous-jacentes à l'existence. Etant donné qu'ils sont sacrés, tout ce qui en émane – donc toutes choses – est aussi sacré. La nature extérieure est sacrée, aussi le corps est-il sacré. Les éléments de l'extérieur et de l'intérieur surgissent ensemble, de la même source. La chaleur du soleil et la chaleur du coeur sont différentes en degrés, pas en genre. L'eau des océans n'est pas différente de celle de notre corps. Notre chair est formée à partir des éléments de la terre et retournera à la terre. L'air de nos poumons est le même que celui où volent les faucons. L'espace duquel émane l'univers, l'espace occupé par le canapé de notre salon et l'espace dans lequel s'élè­vent nos pensées sont le même espace sacré. Et tout ce qui existe dans l'espace – matériel et immatériel, matière et esprit – repré­sente les éléments. »

« Etant donné que les éléments du corps sont sacrés, la conscience qui s'en élève est aussi sacrée. Qu'elle naisse de la sagesse ou de la passion, du rêve ou du cauchemar, l'expérience existentielle des êtres est une manifestation des cinq éléments en parfait équilibre, la quintessence de la luminosité de la base de l'existence. »

« La sacralisation des relations ne dépend pas seulement de la façon dont nous sommes reliés à ce qui nous est extérieur. Se relier au sacré peut également nous amener à découvrir le sens le plus profond de nous-mêmes, précisément ce qui est sacré en nous. Les chamans connectés à la terre trouvent en eux-mêmes la connexion à toute vie, ainsi qu'aux pouvoirs et aux forces qui contrôlent le monde. »

« Les pratiquants tantriques constatent que la dévotion envers les divinités conduit à la prise de conscience que leur soi le plus profond est la divinité. Dans le "Gourou Yoga", l'étudiant doit chercher l'esprit du maître à l'intérieur. La relation sacrée découvre quelque chose de sacré à l'extérieur, mais ce qui reconnaît le sacré, c'est le sacré de l'intérieur. »

« Nous pouvons interpréter les pratiques chamaniques comme de simples symboles servant à manipuler des processus psycho­logiques automatiques. Mais, lorsque nous avons vraiment besoin d'aide, nous ne faisons pas appel à la seule psychologie, trop limitée par rapport à ce que nous sommes dans notre totalité. Dans une relation sacrée à l'égard des éléments, des déités, du maître, des textes saints, nous nous .tournons vers quelque chose de plus grand que nous, plus grand que nos problèmes. Nous nous tournons vers quelque chose de sacré, d'une valeur et d'une signi­fication supérieures à notre dépression, notre anxiété, notre haine de soi ou nos déceptions. »

« Quand nous travaillons avec les éléments, c'est un travail avec la base de l'expérience en regard de l'expérimentateur. Reconnaître les éléments dans la nature, leur beauté et leurs interactions, entrer dans la danse sacrée des éléments, c'est vivre dans un monde vivant, plein de mystères et de possibilités. »

« Quelle pratique devez-vous donc faire ? Celle qui semble appropriée sur l'instant. Celle avec laquelle vous avez établi une connexion, que vous avez comprise et appliquée. Si vous ne pou­vez tout résoudre avec une seule pratique, utilisez-en d'autres. Faites l'expérience des pratiques de ce livre jusqu'à ce que vous sachiez comment travailler avec elles, comment elles vous affec­tent. Réalisez que plus vous travaillerez une pratique, plus ses effets seront profonds. Apprenez ce qui marche et ce qui vous est nécessaire. La voie spirituelle n'est pas un voyage passif ; vous ne pouvez vous contenter de suivre ce que quelqu'un a dit. Vous devez étudier, examiner, expérimenter. Vous devez vous investir sur la voie, investir votre temps et votre vie. Vous constaterez alors que la voie se révèle à vous. Vous pouvez la suivre, mais en la suivant, vous devez aussi la découvrir. »

LES TROIS NIVEAUX DE LA PRATIQUE SPIRITUELLE
« La manière d'approcher les éléments dans la pratique spiri­tuelle varie selon le chamanisme, le Tantra ou le Dzogchèn, à savoir en niveaux externe, interne ou secret. »

Niveau externe
« Vu de l'extérieur, les éléments ne sont pas que les éléments bruts de notre vécu sensoriel – la terre sur laquelle nous vivons, l'eau que nous buvons, le feu qui nous réchauffe, l'air que nous respirons et l'espace dans lequel nous bougeons – ce sont aussi les esprits connectés aux éléments. Ils englobent des déesses, des esprits élémentaires et d'autres êtres. Agir avec ces êtres est tout à fait naturel dans la culture tibétaine et fait partie du domaine de ce que j'appelle le chamanisme, bien que j'insiste sur le fait que le mot "chamanisme" n'existe pas dans la langue tibétaine. »

Niveau interne
« Les éléments internes représentent davantage les énergies élé­mentaires que leurs formes. Dans notre corps, ce sont les énergies physiques qui pompent le sang, digèrent la nourriture et stimulent les neurones, ainsi que les énergies plus subtiles sur lesquelles s'appuient la santé et les capacités qui en dépendent. »

« Le Tantra travaille avec ces énergies en les gui­dant à travers le corps dans des buts spécifiques par l'utilisation de certains moyens yogiques directs incluant, la posture phy­sique, la respiration, la visualisation et le mantra. Le Tantra consi­dère ces énergies comme des forces divines. »

«  Dans le Tantra, on s'intéresse surtout aux éléments en fonc­tion de leur manifestation en tant qu'énergies vitales du corps. Ils ne se réduisent pas à des énergies biologiques ou psychiques, bien qu’elles en soient des expressions. »

Niveau secret
« La dimension secrète des éléments est bien au-delà de la dua­lité et donc difficile à décrire par des mots qui divisent nécessai­rement l'expérience en objets séparés. Cette dimension la plus subtile des éléments est le rayonnement de l'être, les "cinq lumières pures", aspects de la luminosité qui, inséparables de la vacuité, forment la base de tout. Les pratiques et enseignements associés à ces niveaux élémentaires sont issus du Dzogchèn, la Grande Perfection. »

« Ces trois dimensions ne sont séparées que d'un point de vue conceptuel. C'est un point important à garder à l'esprit durant la lecture de ce livre. Ce serait une erreur de penser que les aspects externe, interne et secret peuvent être réellement séparés ou que les pratiques externes, le Tantra et le Dzogchèn s'excluent les uns les autres. C'est cette confusion qui a débouché sur les grandes divisions des différentes croyances : les religions qui méprisent le corps ou doutent de son existence, les cultures séculières qui ne reconnaissent pas la nature sacrée de la terre, ou bien encore la préoccupation du bien-être matériel qui ignore tout du dévelop­pement spirituel. Tout ce qui concerne la vie est important et découle des éléments sacrés.
La vision du Dzogchèn est suprême et contient toutes les autres, mais cela ne veut pas dire que les visions inférieures doi­vent être négligées. Croire que tout est luminosité sans substance ne s'apparente pas à la capacité de traverser les murs. La pratique la plus éminente est celle qui est la plus efficace, pas nécessaire­ment celle qualifiée de "supérieure". »

TRAVAILLER AVEC LES ÉLÉMENTS DE LA NATURE
« Le travail avec les éléments naturels bruts est une méthode permettant de se connecter aux éléments extérieurs et d'intériori­ser leurs qualités. Cela conduit à nous relier à l'essence des élé­ments que l'on considère dans la voie chamanique comme une partie de l'âme: à ce niveau, la connexion est la guérison. L'intériorisation des énergies élémentaires nous aide à dévelop­per les aspects positifs et à éliminer les négatifs. »

« Etant donné que la relation à la nature – les éléments bruts et la beauté du monde naturel – est si importante, il est bien d'en faire une pratique qui développera notre reconnaissance envers la terre, l'air, le ciel, la chaleur et l'eau. Se relier de manière posi­tive aux esprits associés aux éléments peut aussi augmenter la force de vie. »

« Nous sommes touchés lorsque nous nous rendons dans des terres à l'état naturel: déserts, montagnes, jungles et vastes plaines. Ce qui nous touche n'est pas seulement la beauté phy­sique que nous voyons de nos propres yeux. C'est plutôt tout le corps qui réagit. Ces réactions plus profondes sont souvent inconscientes, mais, avec la pratique, nous pouvons apprendre à intérioriser les énergies des éléments naturels pour une guérison et une régénération. Même si nous ne sommes pas dans la nature sauvage, nous sommes toujours en contact avec les éléments. Ces pratiques sont donc valables à tout moment. »

« Nous pouvons pratiquer en nous servant des expé­riences quotidiennes, la chaleur du soleil par exemple. Si vous sentez la chaleur du soleil sur votre peau, détendez-vous et recueillez-la dans les parties les plus profondes de vous-même. Utilisez votre imagination : sentez les courants de chaleur à tra­vers les canaux de votre corps et dans le canal central, puis lais­sez-les s'accumuler au milieu de votre canal central, dans la région de votre coeur. Laissez-les même s'enfoncer plus profon­dément dans votre âme. Immergez-vous dedans en ressentant la chaleur de vos corps, canaux, chakras, canal central, coeur et âme. Laissez la lumière du soleil être le phénomène extérieur qui invoque les qualités thérapeutiques de l'élément feu demeurant toujours à l'intérieur de vous. Le niveau le plus important de l'énergie du soleil est le niveau le plus subtil du feu. Au fur et à mesure que vous développez la pratique, vous pouvez utiliser l'imagination et la visualisation pour ramener cette énergie dans les dimensions les plus intimes de votre être.
Finalement, nous pouvons fusionner avec l'élément. Nous connectons la qualité externe à la qualité interne puis dissolvons les distinctions. Tendre vers l'extérieur, c'est tendre vers l'inté­rieur, une fois développées les pratiques qui connectent les deux. Sinon, tendre vers l'extérieur n'est que tendre vers l'extérieur et nous éloigner de nous-mêmes.
Afin d'accomplir la pratique décrite ci-dessous, il est bien de se rendre dans un lieu où les éléments naturels sont puissants. La bonne occasion pour pratiquer, c'est lorsque vous êtes sur une plage, que vous marchez en montagne, que vous êtes assis au soleil ou devant un feu, debout au sommet d'une colline, exposé au souffle du vent, ou encore chaque fois que vous prenez conscience de la présence d'un ou de plusieurs éléments. Se connecter en conscience aux puissantes manifestations des forces de la nature sert de support au développement interne de ces élé­ments.
Comme dans toutes les pratiques avec les éléments, on peut, ici aussi, constater des signes traditionnels de réussite, mais le signe le plus important est l'apparition de changements positifs dans la vie. Ce qui était intérieurement faible devient plus fort, tandis que certains aspects négatifs qui dominaient autrefois l'ex­périence commencent à diminuer. Examinez ces changements pour évaluer jusqu'à quel point vous intégrez les pratiques à votre vie de tous les jours.
L'application en sera plus efficace si l'on utilise ensemble et de façon harmonieuse le moment, l'attitude, la forme de l'élé­ment, un mantra, des représentations sacrées et l'imagination.
Efforcez-vous de rester concentré sur l’expérience de la pratique en gardant la conscience alerte et claire. La durée des sessions peut être variable, mais essayer de les maintenir au moins d’une demi-heure à trois quarts d’heure afin de développer une expérience plus solide. Vous pouvez être seul ou avec d’autres personnes. Avant de commencer toute pratique, y compris celle-ci, il est bien de bien purifier et d’ouvrir les canaux du corps par l’exercice des neuf respirations purificatrices. »

« On peut approcher directement les éléments dans la nature ou en contactant les déesses élémentaires par visualisation. Une fois la connexion fermement établie et l'expérience des éléments bien vivace, les possibilités de guérison ou de production des proprié­tés susceptibles de vaincre négativités et obstacles ainsi que de progrès sur la voie spirituelle, deviennent illimitées. »

Tenzin Wangyal Rinpoché,
« GUÉRIR PAR LES FORMES L’ÉNERGIE ET LA LUMIÈRE » 

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