ESPRIT SHAMAN
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Les images se multiplient, fugaces et vives,
Insaisissables demeures des richesses éternelles
D'un esprit qui contemple loin du temps
Tous les mondes possibles
L'Esprit Shaman
.
Le chamanisme, il faut le créer, l'inventer. Il n'existe pas en tant que formule, en tant que temple, en tant que système. C'est une réanimation permanente du vivant.
Luis Ansa, le Secret de l'Aigle

.L'homme succombera, tué par l'excès de ce qu'il appelle la civilisation. J. H. Fabre



Les 10 valeurs primordiales des Kogis

 

 Extrait de l'article de nouvelle clé:

Aidons les Kogis... à nous transmettre leurs 10 valeurs primordiales

Par Éric Julien

1 Une mémoire orale collective

Les Kogis accordent une grande importance à la mémoire. Mémoire des règles sociales du groupe, mémoire des évènements auxquels s'est trouvé confrontée la communauté, mémoire des conséquences sur le groupe, et mémoire de la plus juste manière collective d'y répondre. “ La mémoire, disent-ils, c'est comme les yeux qui sont faits pour voir. S'ils se ferment, tout devient obscur. ” Pour eux, cette mémoire ne peut pas être écrite. Elle doit être orale, portée par les membres du groupe. Écrite, elle se dissocie des hommes et perd de son efficacité. À chaque fois que Gentil et moi échangeons avec les Kogis sur les projets en cours, nos amis passent de longues journées à analyser nos propos, pour pouvoir les comparer à une situation analogue, vécue hier par la communauté. C'est en fonction d'un ensemble d'expériences similaires, gardées en mémoire par le groupe, que sont proposées et décidées les réponses futures.

2 Une parole partagée en permanence

Pour éviter tout risques de déséquilibre et canaliser les conflits, les émotions, les Kogis passent beaucoup de temps à parler. Lorsque l'on arrive dans un village Kogi, dans l'obscurité de la Nuhé (temple), il faut expliquer pendant de longues heures qui l'on est, d'où l'on vient, avec quelles intentions. Moment privilégié d'écoute, de partage, expérience forte qui permet de réguler les tensions, d'exprimer les émotions et de nourrir la relation sociale. À trois, en famille, en groupe, la parole a une vertu apaisante et régulatrice. Les mots guérissent les maux. De la nécessité de relations interpersonnelles fortes, harmonieuses, pour nourrir un tout social en permanente recherche d'équilibre. Sociétés holistiques, les sociétés racines tirent leurs règles sociales et politiques d'un lien fort avec le vivant, le milieu naturel dont ils dépendent pour leur survie.

3 Une convivialité vitale et obligée

Dans la société Kogi, agir ensemble est compris comme un indicateur de la qualité des relations sociales. Ainsi, la construction collective d'un pont ou d'une hutte va-t-elle refléter les qualités relationnelles du groupe. À l'inverse, il peut être demandé à un groupe dont les membres entretiennent des relations difficiles, de réaliser un travail collectif, pour les amener à s'apaiser. L'action ne peut se concevoir sans la pensée, ni la pensée sans l'action, l'un reflète la qualité de l'autre. Toute action, tissage, construction, décoration, reflète la qualité des relations aux autres et au monde. Dans une telle société, la pauvreté n'est pas imaginable. La solidarité est une condition de survie.

4 Une finalité générale d'équilibre

La notion d'équilibre, différente de l'immobilisme, palpite au cœur de la société Kogi. Équilibre de chacun avec soi-même, avec les autres, avec le monde. Il n'y a pas vraiment de concept de bien et de mal, mais plutôt de plus ou moins grande justesse : ce qui peut être juste dans une situation donnée, peut s'avérer totalement inadapté dans une autre. L'équilibre se vit notamment dans les relations que les Kogis entretiennent avec la terre : si ces relations ne sont pas justes, les récoltes seront mauvaises, les parents ne pourront pas nourrir leurs enfants, ni satisfaire leurs obligations sociales d'échanges et de réciprocité. L'injustice et le déséquilibre risquent alors de pénétrer leur univers. Tout le travail que tentent (parfois désespérément) de mener les Kogis vise à essayer de maintenir ou de rétablir l'équilibre du monde, que nos modes de fonctionnement déséquilibrent gravement. “ Ceux qui enlèvent le pétrole, le gaz ou le charbon, dit Mamu Marcello, ne comprennent pas ce qu'ils font : une hémorragie qui vide la terre de sa force. C'est comme enlever les minéraux d'un corps ; ça provoque des déséquilibres, le corps devient fragile et les maladies surviennent. Les petits frères ne comprennent pas les déséquilibres qu'ils sont en train de provoquer. ”

5 Une expérience cyclique et renouvelée

Le temps cyclique appelle la recréation du monde, contrairement au temps linéaire qui fige et établit une échelle de valeur entre un hier dépassé et un demain meilleur. Liée au vivant, dont elle tire ses règles collectives de fonctionnement, la société Kogi célèbre chaque année le retour de la vie, l'existence d'un cycle vital de naissance de maturité et de mort. Dans ce temps cyclique, les étapes fondamentales de la vie individuelle ou collective sont marquées par des rituels, une cérémonie spécifique, qui par le biais de l'expérience partagée permet l'intégration et la construction identitaire de chacun Le temps cyclique permet en outre à chacun de faire sa propre expérience du monde, dans le cadre de règles incarnées par les anciens. Il s'agit de permettre à chacune des générations d'en faire l'expérience et donc d'ouvrir son champ de conscience. Chez les Kogis, tout est conscience, ce qui demande une vigilance de tous les instants.

6 L'appartenance à un lieu

Nous avons demandé à Casimiro, un jeune Kogi, âgé sans doute de dix ou onze ans, quel était son rêve. Sans hésiter, les jambes bien fichées dans le sol, un grand sourire traversant son visage, il nous a répondu : “ Je rêve d'être Kogi, de savoir cultiver la terre, de construire ma maison et de protéger ma famille. ” Les peuples racines sont toujours situés quelque part, ils appartiennent à un lieu et en portent l'identité. Si vous demandez à un Kogi qui il est, il vous répond toujours : “ Nous sommes Kogis, habitants de la Sierra Nevada de Santa Marta. ” On est Touareg avec une culture, une identité, un savoir vivre adaptés au désert. On est Inuit parce qu'on vit dans un espace-temps polaire. Le contexte naturel, exigeant, diversifié à l'infini, forge les identité, nourrit les cultures dans leurs richesses et leurs multiplicité. Elle oblige à la vigilance, à la solidarité, au dépassement de soi vers l'autre, le monde, question de survie.

7 Des lois sociales fondées sur le vivant

“ Pour nous, dit Mamu Marco Barro, la nature est comme vos livres : tout y est écrit. Les petits frères nomment des chefs, des capitaines, mais ils se font la guerre, ils se tuent, se disputent en permanence. Pourquoi ? Parce qu'ils vivent seuls, sans règles partagées. Essayez de comprendre que la mère-terre est à la fois l'énergie et l'équilibre. Si nous ne respections pas ses règles, nous devenons tels des enfants perdus. Chacun s'invente ses lois et le chaos s'installe. Nous pensons que la maladie est une forme de punition, qui nous dit que nous n'avaons pas respecté les lois de la nature. Nous devons écouter les voix de la nature. ” Contrairement à nos sociétés modernes, les sociétés racines n'ont jamais effectué de rupture avec le vivant. Elles se considèrent comme une composante parmi d'autres du corps vivant qu'est la terre. Cette relation privilégiée, vécue au quotidien, leur permet d'appréhender le monde comme un grand écosystème dont leur système politique et social est un prolongement. Leur stupéfiante connaissance des interdépendances entre espèces leur permet de refertiliser des terres considérées par les autres paysans comme définitivement stériles.

8 Une fertilisation croisée des contraires

Haut et bas, inspiration et expiration, nuit et jour, féminin et masculin ne sont que différentes versions des deux dimensions de la vie dont l'alternance et l'association harmonieuse permettent la création. Cette approche essentielle de l'existence est explicitement manifestée dans de nombreuses activités quotidiennes des Kogis. Ainsi, lorsque les hommes tissent leurs vêtements, ils viennent s'asseoir devant le métier à tisser, symbole du monde et de sa dualité. La partie avant du tissu représente le jour, la partie arrière la nuit, quant à la navette, c'est le symbole de l'être humain et de sa capacité à relier les contraires pour créer. Les vêtements que portent les Kogis reflètent la qualité de leur relation avec le monde et leur capacité à identifier et à faire fructifier la dualité du monde.

9 Un pouvoir canalisé et partagé

Dans les société racines, le pouvoir de l'un des membres du groupe sur l'ensemble de la communauté est perçu comme un risque, une menace de désintégration et de déséquilibre. De fait, la société Kogi est une société sans chef. Le pouvoir s'y trouve dilué et repose entre les mains de tous. C'est une société participative, régime d'assemblée où personne ne décide au nom des autres. C'est dans la nuhé, le temple, que sont prises les grandes décisions concernant la communauté. “ La Nuhé, dit Mamu Antonino Dingula, est comme un père ou un grand-père : dans son ombre, on ne peut pas se disputer. On y vient pour discuter de choses importantes. Pendant que les hommes discutent entre eux dans la nuhé masculine, les femmes font de même dans la nuhé féminine. Tout s'y passe toujours dans le noir et pendant le temps nécessaire (éventuellement plusieurs jours) pour que toutes les énergies soient régulées. C'est notre façon de maintenir l'équilibre au sein de la communauté. ”

10 Une prédominance de l'invisible sur la matière

Selon les Kogis, c'est “ Aluna ” - la pensée, l'âme, l'énergie... - qui aurait créé des formes différentes pour chacune des expressions du vivant. Chacune de ces expressions possède sa propre Aluna, capable de communiquer avec celles des autres. Tous les êtres vivants ont une pensée, une force spirituelle qui dynamise la vie. Sans “ Aluna ”, le corps n'est qu'une matière inerte dont les éléments naturels interagissent chaotiquement les uns avec les autres, avant de pourrir et de disparaître. Les interactions entre la pensée/énergie Aluna et la matière créent une autre force, que les Kogis appellent “ Seiwa ”. Les enfants sélectionnés pour devenir Mamu s'engagent dans une initiation de plusieurs années. Menée intégralement dans l'obscurité, leur éducation vise à les faire entrer en relation avec l'esprit de chaque chose. Ils ne connaîtront pas la mer physiquement, mais par son esprit. Ils ne connaîtront pas le jaguar, sauf en esprit. Lorsque l'enseignement prend fin, le Mamu qui a accompagné son élève sur le chemin du savoir peut alors prononcer la phrase rituelle : “ Tu as appris à voir à travers les montagnes, à travers le cœur des hommes, tu as appris à regarder au-delà des apparences. Maintenant, tu es un mamu. ” 



Deux livres de la collection Clés :

• Deux livres d'Éric Julien : Le Chemin des 9 mondes et Kogis, le réveil d'une civilisation précolombienne , éd. Albin Michel, collection Clés.
• Éric écrit actuellement le troisième tome de cette saga, toujours pour la même collection.

Une association :

Tchendukua - Ici et ailleurs , 11 rue de Jarry, 94300 Vincennes, 01 43 28 48 92 - [-> www.tchendukua.com]

Un beau livre :

Les Indiens kogis - La mémoire des possibles , sous la direction d'Éric Julien et Muriel Fifils, préface de Jean-Marie Pelt, éd. Actes Sud.
Eric Julien, qui aide les Indiens Kogis à racheter les terres de leurs ancêtres, réalise un rêve : présenter côte à côte, dans un album photo, des paroles de ses amis des montagnes colombiennes et des textes d'auteurs occidentaux (Thierry Janssen, Gilles-Éric Séralini, France Schott-Billmann et treize autres), sur tous les sujets qui comptent : agriculture, éducation, santé, musique, arts, travail, coopération... Un document magnifique.

Droit des animaux : le nouvel humanisme des sciences ?

A.Luneau, G. Chapouthier, J-C Ameisen, F. Burgat ALEXANDRA MALKA © RADIO FRANCE  
A l’occasion du 3e Forum France Culture, « L’année vue par les sciences », organisé dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, le samedi 14 février, c’est le thème « Droit des animaux : le nouvel humanisme des sciences ? » qui nous a donné envie de réunir trois invités phares, Florence Burgat, Jean-Claude Ameisen, et Georges Chapouthier pour un débat passionnant et passionné. Un sujet de société qui, depuis octobre 2013, date de la parution du Manifeste des 24 (signés par 24 intellectuels allant de Matthieu Ricard à Boris Cyrulnik, en passant par Elisabeth de Fontenay, Luc Ferry, Danièle Sallenave, Edgar Morin..) jusqu’au vote d’un nouveau texte du code civil français cessant de considérer les animaux comme des ‘biens meubles’, a marqué l’année écoulée. Que dit le droit de la place faite aux animaux et de leur statut ? Qu’est ce que la science a mis en évidence en matière de sensibilité et de douleur ? De quelle façon éthique et science co-évoluent ? La recherche peut-elle se passer des expérimentations ? Comment la société d’aujourd’hui compose t-elle avec ses contradictions (entre une tendance à s’opposer aux violences faites aux animaux et l’acceptation, par exemple, des élevages industriels et intensifs, des abattages peu scrupuleux, des tests de l’industrie cosmétique…) ? Y a t-il des solutions et voies alternatives pour demain ? Débat enregistré en public le samedi 14 février, dans le Grand amphithéâtre de la Sorbonne, en partenariat avec Parsi-Sorbonne, l’Université Pierre et Marie Curie, Universciences, L’Obs et Sciences et Vie, et avec nos trois invités : Florence Burgat, philosophe et directrice de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), dont le dernier livre La cause des animaux. Pour un destin commun , paraitra en mars chez Buchet-Chastel. Georges Chapouthier, docteur en neurobiologie et en philosophie, directeur de recherche émérite au CNRS, son dernier livre Le chercheur et la souris, écrit avec Françoise Tristani-Potteaux, et paru au CNRS éditions, mêle parcours de vie, carrière scientifique et interrogations sur les droits des animaux. Jean-Claude Ameisen, médecin et chercheur, professeur d’immunologie à l’université Paris Diderot, Président du Comité consultatif national d’éthique(CCNE), producteur de l’émission « Sur les épaules de Darwin » sur France Inter. Il vient de publier Retrouver l’Aube, troisième opus de Sur les épaules de Darwin (les Liens qui Libèrent, France Inter, novembre 2014). 


La civilisation moderne est assoiffée de beauté

http://www.telerama.fr/idees/nous-avons-depoetise-nos-societes-pierre-rabhi-en-ardeche,120981.php

Pierre Rabhi, en Ardèche

http://www.telerama.fr/idees/nous-avons-depoetise-nos-societes-pierre-rabhi-en-ardeche,120981.php

 « Je trouve très fort de vivre sans beauté. J'ai pour ma part toujours refusé de brader mon droit à la beauté. »

 « La civilisation moderne est assoiffée de beauté mais y a très peu accès. A force de construire des objets, des maisons, des immeubles sans âme, nous avons dépoétisé nos sociétés. Nous avons aussi perdu l'accessibilité à ce faste de la nature, des arbres, des animaux qui nous a pourtant été gracieusement offert. »

Les technocrates de l’écologie

« Le discours écologique actuel est très factuel, “pratico-pratique”, scientifique, comme si on n'osait pas parler de cette beauté dont nous avons pourtant besoin pour nous épanouir. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles l'écologie politique ne rallie pas tant que ça. Si on n'est pas sensible à la terre, aux végétaux, on devient un technicien de l'écologie, on emploie un langage neutre et rassurant, fait d'“environnement” et de “développement durable”. Mais il faut pouvoir parler de cette beauté spécifique de la nature qui nous enchante, nous fait vibrer. Nous avons besoin de nous nourrir de sa splendeur, de son mystère, et pas seulement de ses aspects matériels, pratiques, biologiques. »

Pierre Rabhi

 

L'homme fait de mots

A l'endroit où les mots et le lieu se rejoignent, on trouve le sacré. Celui qui n'a qu'une tradition orale pense la langue en ces termes: "Mes mots n'existent que par ma voix. Si je parle à la légère, je galvaude mes mots." Deux phrases qui, à elles seules, pourraient illustrer la substance de ce recueil écrit sur une période de trente années. Les essais, souvenirs autobiographiques, notes de voyages et récits allégoriques qui composent le livre retracent la quête spirituelle et artistique de l'auteur pour parvenir à une définition encore inédite de la littérature. On comprend, en lisant ces pages, que Momaday soit devenu la première grande voix amérindienne de ce siècle. Fidèle à la tradition orale dans laquelle les mots ont une valeur sacrée, il choisit les siens avec soin et nous entraîne aux sources même de l'imaginaire et de la création. Fil conducteur du livre, l'analyse qu'il fait du rapport au langage dans les cultures de tradition écrite et orale, outre que celle-ci pose les fondements de la littérature amérindienne, éclaire des siècles d'histoire américaine, de malentendus entre Indiens et Blancs, de politiques indiennes bien intentionnées mais myopes se soldant aujourd'hui encore par des échecs retentissants aux irréparables dégâts émotionnels. Oeuvre de sagesse, sans trace de colère ni de rancœur, L'Homme fait de mots constitue l'introduction par excellence à toute étude de la question indienne dont elle synthétise l'essence.

 N. Scott Momaday

L'homme fait de mots

Éd. du Rocher, 1998 - 256 pages

Les mots sont aussi des symboles


Écoutons Tahca Ushte, Cerf Boiteux, dont les paroles sur le pouvoirs des mots recoupent celles de Scott Momaday dans son ouvrage "L'homme fait de mots" concernant le pouvoir du nom dans la tradition amérindienne.

Les mots sont aussi des symboles d'un grand pouvoir, surtout les noms de person­nes. Pas Charles, Dick et George. Il ne s'attache pas grand pouvoir à ces noms. Mais Nuage Rouge, Élan Noir, Tourbillon, Deux Lunes, Cerf Boiteux - ces noms-là sont en relation avec le Grand Esprit. Chaque nom indien repose sur une histoire, une vision, une quête de rêves. Un nom doit être à la source de grands bienfaits ; mettre l'homme au contact de la nature et de la vie animale. On doit exister sous l'empire de son nom. S'en remettre à lui, y puiser sa force. Un nom doit être - réellement - un nom propre, créé pour un être en particulier et lui appartenant exclusivement. Charles, Dick, George ou Machin-Truc ne sont pas des noms propres.
Chaque nom indien relate une histoire qui demeure cachée aux étrangers si on ne la leur explique pas. Prenez notre illustre Homme Apeuré Par Son Cheval. Cela semble bizarre dans votre langue. Mais Homme Apeuré conduisit ses guer­riers au combat et devant lui l'ennemi prit la fuite. Les voyants guérisseurs voulurent l'honorer et lui conférèrent ce nom, qui en réalité veut dire : Il est si intrépide et si redouté que ses ennemis - les hommes apeurés, l'Homme Apeuré - se sont enfuis à la seule vue de son cheval, même s'il ne le montait pas. Voilà un nom d'une grande valeur, un vrai nom. Celui qui l'a porté a dû mener une vie d'une grande dignité.
Outre le nom sous lequel nous sommes connus, nous les Sioux portions aussi un autre nom, un nom secret, jamais prononcé à voix haute. C'était notre nom dit de destin propice et de longue vie. Parfois ce nom confidentiel était donné à l'enfant par le grand-père ou le voyant-guérisseur, mais le mieux était qu'il le soit par un winkte.
Les winktes étaient des hommes qui s'habillaient en femmes, avaient l'air de femmes et se comportaient comme des femmes. Ils agissaient ainsi de leur propre volonté ou pour se soumettre à un rêve qu'ils avaient eu. Ils n'étaient pas comme les autres hommes, mais le Grand Esprit les faisaient winktes et nous les regar­dions comme tels. Il leur était attribué le don de prophétie, et l'on croyait que le nom secret donné par un winkte était chargé d'un pouvoir particulier, tout à fait efficace. Jadis, le père faisait don au winkte d'un beau cheval, pour le remercier de conférer un tel nom à son enfant.
À l'homme blanc, les symboles sont tout juste quelque chose d'agréable, qui permet de se laisser aller à des spéculations, à un jeu de l'esprit. Pour nous, ils sont plus que cela, beaucoup plus. Il s'agit pour nous de vivre les symboles. Vous me voyez répandre un peu de terre rouge sur le plancher. Je l'aplatis avec la paume de ma main et la lisse avec une plume d'aigle. Ensuite avec le doigt je trace un cercle, un cercle qui n'a pas de fin. Un homme est figuré dans ce cercle. C'est moi. C'est aussi un esprit. Au-dessus de la tête se dressent quatre cornes.
Elles représentent les quatre vents. Les cornes sont arrondies aux extrémités. Une des courbes est la courbe du bien, l'autre celle du mal. Cette dernière pourrait servir à tuer quelqu'un.
Si vous regardez mieux ce cercle sans fin, vous vous apercevrez qu'il a également la forme d'une demi-lune. Avec le pouce, j'imprime vingt-quatre points autour du cercle. Ils représentent les vingt-quatre voyants-guérisseurs qu'il m'a été dit d'avoir à consacrer. Il y en a dix-huit que j'ai déjà consacrés...
Les vingt-quatre points symbolisent aussi les quatre points cardinaux, quatre points pour chacun d'eux - le nord, l'est, l'ouest, le sud - et quatre pour le soleil là-haut et quatre pour la terre sous nos pieds. Mon calumet pointe vers toutes ces direc­tions. Nous sommes désormais en harmonie avec l'univers, fondus en lui, un point sur le cercle qui n'a pas de fin. Cela veuf dire que nous étions ici bien avant que ne vienne le premier homme blanc ; nous y sommes en ce moment, nous y serons à la fin du temps — du temps indien. Nous vivrons...

 Tahca Ushte, De mémoire indienne

Qu'est-ce qu'un Homme Médecine ?




Tahca Ushte, Cerf Boîteux, chef spirituel de la tribu Mni Owoju – les Semeurs près de l'eau –l'une des sept tribus occidentales de la nation sioux nous éclaire sur ce qu'est véritablement l'Homme Médecine, le "Medecine Man" dans son ouvrage "De mémoire indienne".

« Medecine Man » est le mot utilisé par les Blancs ;  il n'existe pas dans le lan­gage indien. J'aimerais dire qu'il y a des mots plus appropriés pour indiquer ce qu'est un « Homme Médecine » mais je ne les trouve pas et vous n'y parviendrez pas non plus, donc je pense qu'il faudra vous en contenter.
Sachez pourtant que ce mot ne couvre pas toutes les significations qui viennent à l'esprit d'un Indien lorsqu'il dit Wicasa Wakan.
Nous avons différents noms pour les différents individus qui font différentes choses tandis que vous leur donnez à tous le même nom.
Nous, par contre, nous distinguons le guérisseur : pejuta wicasa - qui est l'homme des herbes - mais ne soigne pas uniquement avec les herbes, il doit avoir le wakan, le pouvoir de soigner. Ensuite nous avons le yuwipi - l'homme des peaux et des pierres qui soignent.
Nous parlons également de waayatan - l'homme de la vision qui soit dire à l'avance les événements qui arriveront dans l'avenir car il lui a été donné le pouvoir de voir par avance.
Ensuite il y a le wapiya- le comploteur que vous pourriez appeler un sorcier.
Si c'est un homme bon, il accomplit un acte nommé waanazin - c'est-à-dire qu'il combat le malaise, extrait de votre corps les choses mauvaises qui y ont été envoyées par un esprit mauvais. En revanche, si c'est un individu malveillant, il causera des maladies que lui seul pourra soigner, si vous le payez.
Un autre type d'Homme Médecine est l'heyoka - le bouffon sacré qui utilise le pouvoir du tonnerre pour soigner certaines personnes.
Toutefois, plus j'y pense et plus j'en suis convaincu : le vrai Médecine Man est le wicasa wakan - l'homme sacré - car lui sait soigner, faire des prophéties, parler aux herbes, commander les pierres, conduire une danse du soleil ou, même, changer le temps ; mais tout cela pour lui n'a pas beaucoup d'importance, ce ne sont que des passages qui sont désormais derrière lui car il a conquis le wakanya wowanyanke - la grande vision.
Le wicasa wakan veut rester seul, loin de la foule, de tous les problèmes de tous les jours.
Il aime méditer, s'appuyer contre un arbre ou un rocher et sentir la terre bouger sous ses pieds, sentir le poids du grand ciel flamboyant au-dessus de lui. De la sorte il peut comprendre la réalité.
Fermant les yeux, il voit beaucoup de choses clairement. Ce qui compte c'est ce que l'on voit avec les yeux fermés !
Le wicasa wakan aime le silence autour de lui, qui l'enveloppe comme une couverture, un silence puissant, à la voix de tonnerre qui lui dit beaucoup de choses.
Un homme de ce genre aime rester dans des endroits où il n'y a pas d'outres sons que le ronronnement des insectes.
Il s'assoit en regardant l'ouest et demande de l'aide.
Il parle aux plantes et celles-ci lui répondent.
Il écoute les voix des wama kaskan - tous ceux qui se déplacent sur la terre -les animaux.
Lui ne fait qu'un avec eux. Quelque chose s'écoule en lui, provenant de tous les
êtres vivants à tout moment et à tout moment quelque chose émane de lui. Je ne sais pas où et quoi, mois cela existe, je le sais.
Ce type d'Homme Médecine n'est ni bon ni mauvais - il vit et cela est suffisant. Le wicasa wakan est simplement lui-même, il a la même liberté qu'un arbre ou un oiseau.
La liberté peut être belle ou laide, mais cela n'a pas beaucoup d'importance. Je pense qu'être un Homme Médecine est un état mental, une manière de regar­der et de comprendre cette terre, la signification du tout. Je suis un Homme Médecine parce qu'un rêve me l'a indiqué, parce qu'il m'a été ordonné de le devenir, parce que les anciens m'ont aidé à le devenir.
Il n'y a rien que je  puisse faire à ce propos.
Je peux vous soigner d'une maladie simplement avec de l'eau pure et l'effet de ma vision - ce qui n'arrive pas toujours, mais assez souvent.
On peut devenir un Homme Médecine de manières différentes, je le suis par le biais d'une hanblechia - la recherche de la vision.
Pour trouver sa propre vision il faut s'adresser à la nature.
J'ai su que j'étais né pour devenir un Homme Médecine, lorsque dans le trou où je me trouvais pour ma première hanblechia - la recherche de la vision -, j'ai entendu le son qui était le cri d'un oiseau et j'ai compris sa voix. J'avais seize ans et je portais encore mon nom de jeune garçon mais je savais qu'après mon épreuve, ayant eu ma vision, on allait me donner mon nom d'homme.
Une chose me préoccupait, je voulais devenir un guérisseur, mais on ne peut pas apprendre à être un Homme Médecine comme les Blancs qui vont à l'école.
Un vieil homme sacré peut vous instruire sur les herbes et sur la manière de conduire une cérémonie mais toutes ces choses, en soi, ne sont rien. Sons la vision et le pouvoir, elles ne servent à rien.
Que se serait-il passé si je n'avais pas eu ma vision ? Si j'avais échoué ? « Tu sauras si le pouvoir t'est donné », m'avait dit mon oncle.
Nous, Sioux, nous croyons qu'il existe quelque chose en nous qui nous contrôle, quelque chose comme une deuxième personne. Nous l'appelons nagi, vous pourriez l'appeler l'âme, l'esprit, l'essence. On ne peut pas le voir ni le sentir mais cette nuit-là, sur la colline et dans mon trou, j'ai su qu'il était en moi.
Puis j'ai senti le pouvoir m'inonder comme un fleuve en crue. À ce moment-là, j'ai su que je deviendrais un wicasa wakan, un Homme Médecine et je me suis mis à pleurer de joie. On devient un wicasa wakan en apprenant le langage secret pour parler de choses sacrées, travailler avec les pierres et les herbes, utiliser la pipe.
Un Homme Médecine doit sentir la terre, il doit pouvoir la lire comme l'homme blanc lit un livre.
Notre croyance est profondément enracinée dans notre terre, peu importe que vous l'ayez asphaltée, car si vous l'oubliez pendant un ou deux ans, tout cet asphalte, nos plantes, nos plantes indiennes, pousseront sous l'asphalte et le recouvriront.
Je ne vous ai pas tout dit sur nos usages. Vous comprenez bien qu'il y a des choses dont il ne faut pas parler, il y a des choses qui doivent rester secrètes. Si tout était dit, il n'y aurait plus de mystères et les hommes ne peuvent vivre sans mystères : ils en ont grand besoin !

 Tahca Ushte, De mémoire indienne;

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