YUWIPI — PETITES LUMIÈRES DE NULLE PART (extrait "De mémoire indienne".)
"Imaginez une obscurité intense, si opaque qu'elle en est presque solide. Elle flotte autour de vous comme de l'encre, vous enserre comme le velours d'une tenture. Elle vous isole du monde de chaque jour, vous oblige à vous retirer profondément en vous-même, elle vous fait voir non plus avec les yeux, mais avec le coeur. Vous êtes aveugle et pourtant vous avez les yeux ouverts. Vous vous tenez à l'écart, mais vous vous savez partie du Grand Esprit, vous ne faites qu'un avec les êtres vivants.
Et de ces ténèbres s'élèvent le battement des tambours, l'écho des prières, les chants aigus. Et entre ces sons votre oreille perçoit les voix des esprits — des sons menus, chuchotements de spectres, murmures de lèvres fantomatiques. Des lumières volètent, fugitives, à travers la pièce, petits éclairs de lumière qui, de l'obscurité, viennent à vous. Des crécelles flottent dans l'air, vous touchent la tête et les épaules. Vous sentez les ailes des oiseaux qui vous frôlent le visage, et le léger contact d'une plume contre votre peau. Et toujours revient la vibration des battements du tambour qui emplissent l'obscurité et les espaces vides en vous-même ; ils vous font oublier ce qui encombre la tête et leur rythme épouse votre corps".